LacinquiĂšme saison des MystĂšres de l'amour, sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e française créée par Jean-François Porry, a Ă©tĂ© diffusĂ©e du 19 octobre 2013 au 26 janvier 2014 sur la chaĂźne TMC.. Synopsis de la saison [modifier | modifier le code]. Tout comme les saisons 3 et 4, ces 26 Ă©pisodes ne s'articulent pas autour d'une mĂȘme intrigue. La saison commence en festivitĂ© avec 🆕 Missel des dimanches en librairie ! ClĂ©s pour dĂ©couvrir la nouvelle traduction du Missel romain. Rabats av AnneClaire Coudray domine le soir, avec plus d'un million de tĂ©lĂ©spectateurs d'Ă©cart avec son principal concurrent. L'access 20h "20h30 le samedi" (France 2) : 4,45 millions (23,0%). ComĂ©diedramatique 55 min 2013 27 saisons 629 Ă©pisodes Synopsis - Les mystĂšres de l'amour (S04E18) C'est l'effondrement aprĂšs le grand malheur LesmystĂšres de l'amour, сДрОал, 2011– Emilie. 6.9 311 LesMystĂšres de l'amour est une sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e française créée par Jean-François Porry et diffusĂ©e depuis le 12 fĂ©vrier 2011 sur TMC . Il s'agit de la troisiĂšme sĂ©rie dĂ©rivĂ©e d'HĂ©lĂšne et les Garçons, dont elle reprend plusieurs personnages, aprĂšs Le Miracle de l'amour et Les Vacances de l'amour. La LesmystĂšres de l'amour. Les mystĂšres de l'amour : Prises, emprises, mĂ©prises et surprises . Épisode 09 E09. Saison 22 S22 | Épisode 10 | E10 Prises, emprises, mĂ©prises et surprises LesmystĂšres de l'amour : Disparitions programmĂ©es . Épisode 23 E23. Saison 25 S25 CĂ©dric Ingard, Jean-Baptiste Sagory, Allan Duboux, Claire-Lise Lecerf, Laure Guibert, Macha Polikarpova Lessamedi 19 et dimanche 20 octobre, Ă  19h50, les tĂ©lĂ©spectateurs de TMC pourront dĂ©couvrir la suite des aventures des hĂ©ros des LesMystĂšres de l'amour: Pays d'origine: France: ChaĂźne d'origine: TMC: Diff. originale: 23 mars 2014 – 13 juillet 2014: Nb. d'Ă©pisodes: 26: Chronologie. Saison 5 Saison 7. La sixiĂšme saison des MystĂšres de l'amour, sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e française créée par Jean-François Porry, a Ă©tĂ© diffusĂ©e du 23 mars au 13 juillet 2014 sur la chaĂźne TMC. Saison 6 des MystĂšres de l'amour mF7lDRK. Depuis le 17 juin, Les MystĂšres de l’amour ne sont plus programmĂ©s en inĂ©dit sur TMC. La chaĂźne du groupe TF1 a fait le choix de mettre en vacances les aventures de la bande culte d’ HĂ©lĂšne et les garçons , portĂ©e par HĂ©lĂšne RollĂšs et Patrick Puydebat. La sĂ©rie est remplacĂ©e par un marathon de Nos chers voisins chaque samedi en access prime time. Ce dimanche 1er juillet, la chaĂźne du groupe TF1 misera sur La vie Ă  une Ă  partir de 19h05. Au casting de la fiction française, les tĂ©lĂ©spectateurs pourront retrouver Claire Keim, Bruno Putzulu, Linda Hardy et Jean-Pierre MichaĂ«l. Le tĂ©lĂ©film mettra en scĂšne Elisa, une jeune femme en instance de divorce. Alors qu’elle risque de perdre la garde de ses enfants, elle se voit proposer un travail et n’hĂ©site pas Ă  se faire passer pour une autre. Sa vie va se compliquer avec la tentation d’un homme mariĂ© et une amie fantasque. Le dimanche 24 juin, TMC a remplacĂ© Les MystĂšres de l’amour par Coup de foudre Ă  Bora Bora . La fiction, emmenĂ©e par LaĂ«titia Milot et Philippe Bas, a conquis de PDA et tĂ©lĂ©spectateurs de PDA entre 19 heures et 21 heures. Un score nettement infĂ©rieur Ă  la nouvelle monture d’HĂ©lĂšne et les garçons, dont l’inĂ©dit avait sĂ©duit Français, soit du public, entre 19h55 et 20h45, le dimanche 17 juin. RĂ©sumĂ©s Comment comprendre qu’un rituel transforme une statue de pierre en un dieu vivant, et comment envisager ce phĂ©nomĂšne autrement que comme une croyance trompeuse ? Il faudrait tenter de saisir la logique paradoxale qui permet d’articuler dans un mĂȘme objet ses dĂ©terminations matĂ©rielles et ses caractĂ©ristiques divines. En prenant au sĂ©rieux les analyses que les derniers philosophes nĂ©oplatoniciens ont menĂ©es de leurs propres pratiques thĂ©urgiques, il nous semble possible de dĂ©gager les linĂ©aments d’une thĂ©orie de l’objet rituel qui remette le problĂšme en perspective Ă  partir de ses implications mĂ©taphysiques. How can one understand that a ritual may transform a stone statue into a living god, and see in this phenomenon something other than an erroneous belief? In order to do so, one must try to grasp the paradoxical logic that makes it possible to articulate through a single object both material determinations and divine features. By taking the analysis that the last Neoplatonists gave of their own theurgical practice seriously, it seems possible to lay the ground for a theory of the ritual object that raises the question anew, from the point of view of its metaphysical de page Texte intĂ©gral L’objet et le rituel 1Le court-mĂ©trage d’Alain Resnais et de Chris Marker datĂ© de 1953, Les statues meurent aussi, apparaĂźt comme une mĂ©ditation sur ce qu’on pourrait appeler la vie et la mort des statues. Il interroge le destin des objets d’art africains dĂšs lors qu’ils cessent d’appartenir Ă  leur contexte religieux pour devenir des produits culturels. Le film s’ouvre sur cette assertion Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l’art ». C’est-Ă -dire elles entrent au musĂ©e. Depuis les ready-made de Marcel Duchamp, les historiens de l’art se demandent comment un objet banal et quotidien, par exemple un urinoir, peut se transformer en Ɠuvre d’art, par le simple fait qu’il pĂ©nĂštre l’espace propre du musĂ©e. Quel est ce dispositif mystĂ©rieux capable de transformer un objet en Ɠuvre d’art par une simple opĂ©ration de transfert ? C’est en quelque sorte l’opĂ©ration inverse que Resnais et Marker mettent en Ă©vidence dans la musĂ©ification des objets d’art africains. Si le musĂ©e offre une nouvelle vie glorieuse aux objets techniques du monde occidental, il est pour les statues africaines un vĂ©ritable cimetiĂšre, le lieu de consĂ©cration de leur mort. C’est en passant du monde du culte et de la religion Ă  celui de l’art que les statues passent de la vie Ă  la mort. 2Comment expliquer un tel passage ? Un objet est mort quand le regard vivant qui se posait sur lui a disparu ». Autrement dit, les statues meurent quand elles cessent d’ĂȘtre objets de culte et de fixer ou de manifester la prĂ©sence des esprits et des dieux et qu’elles deviennent de purs objets de contemplation. Comme on avait pour le musĂ©e sa version esthĂ©tique, on aurait lĂ  la version ethnologique du esse est percipi. Ce serait les conditions perceptuelles, au sens large, d’un objet qui en dĂ©termineraient l’essence. Ainsi le contexte du monde de l’art europĂ©en transforme-t-il une statue vivante en une statue morte, une divinitĂ© en une Ɠuvre d’art. 3L’idĂ©e paraĂźt simple, mais comment comprendre la rĂ©ciproque, qui veut que percevoir, c’est faire ĂȘtre ? C’est-Ă -dire qu’un certain usage rituel des objets les fait littĂ©ralement vivre, transforme une statue de pierre en un dieu vivant ? 1 Sur la tĂ©lestique dans le nĂ©oplatonisme, voir Joseph Bidez, Note sur les mystĂšres nĂ©oplatonicien ... 4Point n’est besoin pourtant d’exotisme pour rencontrer le problĂšme du caractĂšre vivant des objets rituels. Les religions antiques ont en effet abondamment pratiquĂ© le rituel Ă©tonnant de l’animation des statues, que les Grecs appelaient tĂ©lestique ». Si la pratique de la tĂ©lestique semble appartenir Ă  des cultes orientaux, Ă©gyptiens, chaldĂ©ens, voire iraniens, elle est largement attestĂ©e dans la culture grecque et s’est perpĂ©tuĂ©e jusque dans l’AntiquitĂ© tardive1. Elle consiste Ă  confĂ©rer une Ăąme Ă  une statue en faisant descendre par des incantations et des rituels le divin dans l’objet qui le reprĂ©sente. Le traitĂ© hermĂ©tique AsclĂ©pius prĂ©sente cependant la tĂ©lestique comme une vĂ©ritable production matĂ©rielle du divin. 2 AsclĂ©pius, 37-38, Corpus Hermeticum, t. II, Ă©d. Nock, trad. AndrĂ©-Jean FestugiĂšre, Paris, Les ... Ce que nous avons dit de l’homme est dĂ©jĂ  merveilleux, mais toutes ces merveilles ne valent pas celle-ci ce qui commande surtout l’admiration, c’est que l’homme a Ă©tĂ© rendu capable de dĂ©couvrir la nature des dieux, et de la produire. Nos premiers ancĂȘtres donc, aprĂšs avoir gravement errĂ© quant Ă  la vraie doctrine sur les dieux – ils ne croyaient point en eux et ne se souciaient ni de culte ni de religion, – inventĂšrent l’art de faire des dieux ; puis, l’ayant trouvĂ©, ils y attachĂšrent une vertu appropriĂ©e, qu’ils tiraient de la nature matĂ©rielle ; et, mĂȘlant cette vertu Ă  la substance des statues, comme ils ne pouvaient crĂ©er proprement des Ăąmes, aprĂšs avoir Ă©voquĂ© des Ăąmes de dĂ©mons ou d’anges, ils les introduisirent dans leurs idoles par des rites saints et divins, en sorte que ces idoles eussent le pouvoir de faire du bien et du mal. [
]– Et de ces dieux qu’on nomme terrestres, ĂŽ TrismĂ©giste, de quelle sorte est la propriĂ©tĂ© ?– Elle rĂ©sulte, AsclĂ©pius, d’une composition d’herbes, de pierres et d’aromates qui contiennent en eux-mĂȘmes une vertu occulte d’efficacitĂ© divine. Et, si l’on cherche Ă  les rĂ©jouir par de nombreux sacrifices, des hymnes, des chants de louange, des concerts de sons trĂšs doux qui rappellent l’harmonie du ciel, c’est pour que cet Ă©lĂ©ment cĂ©leste qui a Ă©tĂ© introduit dans l’idole par la pratique rĂ©pĂ©tĂ©e de rites cĂ©lestes puisse supporter joyeusement ce long sĂ©jour parmi les hommes. VoilĂ  comment l’homme fabrique des dieux2. 3 Sur cette cĂ©lĂšbre formule, voir Sarah Iles Johnston, Homo fictor deorum est Envisionning the Di ... 5Si la pratique consiste littĂ©ralement Ă  joindre une Ăąme Ă  une composition matĂ©rielle particuliĂšre, elle est interprĂ©tĂ©e comme une fabrication humaine du divin homo est fictor deorum3. L’homme est un fabricant de dieux. Que signifie faire un dieu ? Est-ce simplement fabriquer une idole matĂ©rielle, une statue qui n’est que le rĂ©ceptacle d’une puissance supĂ©rieure ? Ou bien en va-t-il d’une production d’ordre supĂ©rieur, pour ainsi dire ontologique, dans laquelle l’homme vĂ©ritablement ferait les dieux ? 6Le problĂšme est exposĂ© sur un mode parodique chez Minucius Felix, qui, sous couvert de tourner en ridicule la tĂ©lestique paĂŻenne et son caractĂšre idolĂątre, en expose toute l’ambiguĂŻtĂ© et toute la subtilitĂ© 4 Minucius Felix, Octavius, XXIV, 8, Ă©d. et trad. Jean Beaujeu, Paris, Les Belles Lettres, 1964, p. ... Qui peut donc douter que, si la foule adresse des priĂšres et rend un culte public aux effigies consacrĂ©es de ces personnages, c’est parce que l’opinion, l’esprit des gens ignorants se laisse abuser par les grĂąces de l’art, Ă©blouir par l’éclat de l’or, fasciner par le brillant de l’argent et la blancheur de l’ivoire ? Quiconque se reprĂ©sentera les instruments de torture et les machines qui Ɠuvrent Ă  façonner toute statue, rougira de craindre une matiĂšre dont s’est jouĂ© l’artiste pour en faire un dieu. En effet, un dieu de bois, qui peut ĂȘtre un fragment de bĂ»ches ou de cruche stĂ©rile, est suspendu, taillĂ©, dĂ©grossi, rabotĂ© ; un dieu de bronze ou d’argent provient bien souvent, comme cela fut le cas pour un roi d’Égypte, d’un immonde petit rĂ©cipient, qui est fondu, battu Ă  coup de maillet et façonnĂ© sur l’enclume ; un dieu de pierre est taillĂ©, sculptĂ© et poli par un homme corrompu, et d’ailleurs hoffmann eros aletheia pistisil est aussi insensible aux outrages de sa naissance que plus tard aux honneurs dont l’entoure votre vĂ©nĂ©ration. On me dira peut-ĂȘtre que la pierre, le bois ou l’argent n’est pas encore un dieu. Quand donc celui-ci naĂźt-il ? Voyez-le couler, forger, sculpter il n’est pas encore un dieu ; voyez-le souder, assembler, Ă©riger il n’est pas encore un dieu ; voyez-le parer, consacrer, implorer alors enfin il est dieu, lorsqu’un homme l’a voulu tel et dĂ©cidĂ© comme tel4. 7Le texte semble distinguer trois moments de la production de la statue divine la fabrication, l’érection et la consĂ©cration ; mais ce n’est qu’avec le dernier que la statue devient vĂ©ritablement un dieu. Une opposition claire apparaĂźt entre la production matĂ©rielle et la production rituelle. Ce qu’on peut appeler Ă  proprement parler fabrication du divin, ce n’est pas la production de la statue comme objet matĂ©riel, mais sa production symbolique et rituelle, qu’effectuent la parure et la priĂšre. C’est performativement, pour ainsi dire, que la statue devient un dieu. 8Est-il possible de lire Ă  rebrousse-poil le texte de Minucius Felix et de tenter de prendre au sĂ©rieux la distinction qu’il propose ? En s’en tenant Ă  une lecture faible, on opposera la production matĂ©rielle de l’objet, la fabrication de la statue concrĂšte, Ă  la projection symbolique et performative sur elle de qualitĂ©s divines, qui relĂšve d’un phĂ©nomĂšne de croyance. Si l’on accepte en revanche de donner un sens fort Ă  la distinction, ce qui vient complĂ©ter la fabrication matĂ©rielle de l’objet n’est pas un supplĂ©ment d’ñme fictif mais un autre type de production qui, s’il ne fabrique rien Ă  proprement parler, fait du divin. Il ne s’agira plus alors d’opposer, comme le fait Minucius Felix, une rĂ©alitĂ© objective et sa dĂ©formation par une perception subjective, la statue et ce qu’on croit qu’elle est, mais plutĂŽt d’articuler deux niveaux d’objectivitĂ©, si l’on veut, matĂ©rielle et spirituelle, qui font exister la statue non seulement comme objet mais aussi comme dieu. 9Nous voudrions tenter de comprendre en quel sens l’activitĂ© rituelle qui entoure l’objet peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une activitĂ© productive. Dans le rite de consĂ©cration de la statue s’opĂšre un basculement de point de vue la statue qui n’était qu’un tas de pierre devient une divinitĂ© vivante. Nous faisons l’hypothĂšse que ce basculement entre les deux perspectives ne doit pas ĂȘtre envisagĂ© comme une simple diffĂ©rence subjective de point de vue, comme telle externe Ă  l’objet, mais au contraire comme un court-circuit interne Ă  l’objet lui-mĂȘme, qui le scinde objectivement. L’idĂ©e que la distinction dĂ©pendrait du point de vue de celui qui perçoit l’objet n’est pas satisfaisante si l’on s’accorde aisĂ©ment Ă  dire que prĂȘter une Ăąme ou une qualitĂ© divine Ă  une chose est une vue de l’esprit, accepte-t-on de dire que considĂ©rer une chose comme un pur agrĂ©gat de matiĂšre en est une aussi ? Il nous paraĂźt plus Ă©clairant de comprendre comment un objet peut se prĂ©senter aussi bien comme matiĂšre que comme esprit. 10Ce qui est difficile Ă  saisir, c’est qu’un mĂȘme objet soit Ă  la fois un tas de pierre et un dieu vivant, que se superposent en lui ces deux dimensions qui en font l’unitĂ© profonde en mĂȘme temps qu’elles le sĂ©parent de lui-mĂȘme, le partagent entre ce qu’il est matĂ©riellement et substantiellement et ce qu’il est en tant que puissance divine. Il nous semble pourtant que seule une telle objectivitĂ© paradoxale permet de comprendre la tĂ©lestique. En mĂȘme temps, ce n’est que dans la pratique rituelle qu’une telle objectivitĂ© existe et se vĂ©rifie. Ce n’est en effet que par le moyen du rite que la statue devient un dieu. Il importe alors de comprendre en quel sens le rituel permet d’articuler les diffĂ©rentes dimensions de l’objet afin, selon la formule hermĂ©tique, de faire des dieux. 11Nous appellerons objet rituel l’objet qui est au centre du rituel, Ă  la fois en tant que ce qui fait l’objet du culte la statue que l’on vĂ©nĂšre et ce que le culte produit la statue transformĂ©e en dieu. Nous voudrions mettre en Ă©vidence dans le syntagme objet rituel la relation circulaire qui existe entre l’objet et le rituel, au sens oĂč si c’est une dĂ©termination de l’objet lui-mĂȘme qui rend possible le rituel, ce n’est que dans le rituel que cette dĂ©termination se dĂ©ploie. MĂ©taphysique de l’objet rituel 5 Pour une prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la thĂ©urgie, la rĂ©fĂ©rence reste l’ouvrage classique de Hans Lewy ... 12Nous nous attacherons au cas des pratiques thĂ©urgiques et des dĂ©veloppements thĂ©oriques qu’elles ont suscitĂ© dans le dernier nĂ©oplatonisme Ă  partir du ive siĂšcle5. Le contraste entre le dĂ©veloppement d’une philosophie extrĂȘmement abstraite et subtile et l’attrait pour des formes archaĂŻsantes et superstitieuses de paganisme, qui a longtemps Ă©tonnĂ© les historiens de la pensĂ©e, rĂ©vĂšle ici toute sa force. Comment les raffinements mĂ©taphysiques du nĂ©oplatonisme ont-ils pu s’accommoder d’une pratique religieuse aussi grossiĂšre que celle de l’animation des statues ? Loin qu’il y ait une contradiction chez les nĂ©oplatoniciens entre la mĂ©taphysique et les usages religieux, il existe plutĂŽt entre elles une affinitĂ© profonde, si bien que le nĂ©oplatonisme offre l’une des explications thĂ©oriques les plus Ă©laborĂ©es et les plus pĂ©nĂ©trantes des rituels tĂ©lestiques. Plotin dĂ©jĂ  semble avoir reconnu les pratiques tĂ©lestiques comme une donnĂ©e culturelle irrĂ©futable, sans toutefois leur accorder une place trop importante dans sa pensĂ©e. 6 Plotin, ÉnnĂ©ades, IV, 3 [27], 11 DifficultĂ©s relatives Ă  l’ñme I », trad. Émile BrĂ©hier, Paris ... Les anciens sages qui ont voulu se rendre les dieux prĂ©sents en construisant des temples et des statues, me paraissent avoir bien vu la nature de l’univers ; ils ont compris qu’il est toujours facile d’attirer l’ñme universelle, mais qu’il est particuliĂšrement aisĂ© de la retenir, en construisant un objet disposĂ© Ă  subir son influence et Ă  en recevoir la participation. Or la reprĂ©sentation imagĂ©e d’une chose est toujours disposĂ©e Ă  subir l’influence de son modĂšle, elle est comme un miroir capable d’en saisir l’apparence. La nature, avec un art admirable, fait les choses Ă  l’image des ĂȘtres dont elle possĂšde les raisons ; ainsi est nĂ©e chaque chose, raison intĂ©rieure Ă  la matiĂšre, recevant une forme correspondante Ă  une raison supĂ©rieure Ă  la matiĂšre ; car la nature la met en contact avec la divinitĂ© d’aprĂšs laquelle elle est engendrĂ©e, que l’ñme universelle contemple, et d’aprĂšs laquelle elle se dispose en crĂ©ant la chose. Il est donc impossible qu’il n’y ait rien qui ne participe Ă  cette divinitĂ© ; mais il est aussi impossible qu’elle descende ici-bas6. 13Pour Plotin, la magie pratique n’est qu’un cas des lois gĂ©nĂ©rales de sympathie qui gouvernent l’Univers. Si la magie est opĂ©rante, c’est parce que le monde est animĂ© de part en part et que toutes ses parties communiquent et conspirent. La premiĂšre magie, c’est la nature elle-mĂȘme. En vertu de cette sympathie universelle, une parcelle de matiĂšre peut recevoir l’influence des dieux. 14Le rapport entre la statue et la divinitĂ© est celui d’une image Ă  son modĂšle. S’il y a de toute Ă©vidence dans la relation de ressemblance bien plus qu’une simple analogie formelle, une sorte de connivence et de continuitĂ© entre les choses qui se ressemblent, on ne saurait toutefois en faire un vecteur de prĂ©sence. Les choses qui se ressemblent ne se confondent pas et Plotin prend soin de prĂ©ciser que la divinitĂ© ne descend pas dans la matiĂšre. 15Le contre-exemple plotinien permet de saisir l’ampleur du tournant effectuĂ© par Jamblique, qui, loin de se rĂ©duire Ă  la simple adoption, sous l’influence des Oracles chaldaĂŻques, de pratiques magico-religieuses orientales, consiste en une vĂ©ritable rĂ©volution mĂ©taphysique. En effet, comme il fallait aussi que ce qui est sur terre ne fĂ»t nullement sans part Ă  la communautĂ© divine, la terre aussi a reçu une certaine part divine de celle-ci, capable d’offrir un espace pour accueillir les dieux. Cela, assurĂ©ment, l’art thĂ©urgique l’a bien vu et ainsi dĂ©couvre, selon le principe gĂ©nĂ©ral de l’appropriation, les rĂ©ceptacles qui conviennent Ă  chacun des dieux aussi entrelace-t-il souvent pierres, herbes, ĂȘtres vivants, aromates et autres choses de ce genre, sacrĂ©es, achevĂ©es et spĂ©cifiquement divines, et ensuite rĂ©alise Ă  partir de tout cela un rĂ©ceptacle complĂštement achevĂ© et pur. 7 Jamblique, Les mystĂšres d’Égypte, RĂ©ponse d’Abamon Ă  la Lettre de Porphyre Ă  AnĂ©bon, trad. MichĂšle ... Car il ne faut pas rejeter toute la matiĂšre, mais seulement celle qui est Ă©trangĂšre aux dieux, il faut plutĂŽt choisir celle qui leur est appropriĂ©e, dans la pensĂ©e qu’elle est capable de s’harmoniser Ă  la construction de leurs demeures, Ă  l’érection de leurs statues et Ă  l’accomplissement sacrĂ© des sacrifices. Car, s’il en Ă©tait autrement, pour les dieux terrestres ou les hommes qui habitent ici, il ne pourrait y avoir de participation Ă  la rĂ©ception des ĂȘtres supĂ©rieurs, si un tel fondement n’avait pas Ă©tĂ© prĂ©alablement Ă©tabli. Il faut suivre les paroles secrĂštes qui disent que, par les spectacles bienheureux, une certaine matiĂšre est Ă©galement offerte, venant des dieux. Celle-ci est d’une certaine maniĂšre connaturelle Ă  ceux-lĂ  mĂȘmes qui la donnent. Aussi, le sacrifice d’une matiĂšre Ă©veille les dieux pour qu’ils se manifestent, les appelle aussitĂŽt Ă  descendre pour se laisser saisir, leur offre un espace de rĂ©ception quand ils se prĂ©sentent, et les montre parfaitement7. 8 Pour une Ă©tude dĂ©taillĂ©e de la place de la thĂ©urgie dans la philosophie de Jamblique, voir Gregory ... 16La confection des statues et leur animation ne sont pas de simples traits culturels empruntĂ©s Ă  la religion des ChaldĂ©ens, mais le corrĂ©lat pratique d’une nouvelle conception de la matiĂšre8. Sous certaines conditions, la matiĂšre est connaturelle aux dieux, et Ă  la limite, elle est elle-mĂȘme divine. La thĂ©urgie est une vĂ©ritable opĂ©ration mĂ©taphysique en faisant descendre les dieux dans les statues, elle rĂ©veille dans la matiĂšre ses dispositions au divin, elle rĂ©unit le cosmos entier. Si la religion professĂ©e par Jamblique consiste en une sĂ©rie d’activitĂ©s matĂ©rielles, c’est parce que les dieux sont aussi dans la matiĂšre et que, si le thĂ©urge dĂ©sire s’unir Ă  eux, il ne peut le faire sans prendre celle-ci en considĂ©ration. Sans rĂ©cuser le caractĂšre transcendant du divin, Jamblique n’en jette pas moins, en faisant l’apologie de la thĂ©urgie, les bases de ce que nous nous risquerons Ă  appeler une thĂ©ologie matĂ©rialiste. 17C’est dans le fragment Sur l’art hiĂ©ratique de Proclus que cette intuition a Ă©tĂ© poussĂ©e le plus loin. Dans un texte en apparence simple, qui s’apparente Ă  un petit traitĂ© de magie pratique, Proclus livre une thĂ©orie de l’objet rituel qui prĂ©suppose largement la mĂ©taphysique qu’il dĂ©veloppe dans ses ouvrages systĂ©matiques. 9 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, trad. FestugiĂšre, in La rĂ©vĂ©lation d’HermĂšs TrismĂ©giste, vol. ... De mĂȘme que les dialecticiens de l’amour s’élĂšvent Ă  partir des beautĂ©s sensibles jusqu’à ce qu’ils rencontrent le principe mĂȘme unique de toute beautĂ© et de tout intelligible, ainsi les initiateurs aux saints mystĂšres, partant de la sympathie qui unit toutes les choses visibles entre elles et avec les puissances invisibles, et comprenant que tout est en tout, ont-ils fondĂ© cette science hiĂ©ratique, non sans s’émerveiller de voir dans les premiers termes des chaĂźnes les termes les plus infimes et dans ces derniers les tout premiers, au ciel les choses terrestres dans leur cause et sous un mode cĂ©leste, ici-bas les choses cĂ©lestes sous un mode propre Ă  la terre. D’oĂč vient en effet que l’hĂ©liotrope se meut en accord avec le Soleil, le sĂ©lĂ©notrope avec la Lune, tous deux faisant cortĂšge, dans la mesure de leurs forces, aux luminaires du Monde ?9 10 Fr. A 22 D-K, voir Aristote, De l’ñme, I, 5, 411a 5-10. 18Le texte se prĂ©sente comme une rĂ©flexion sur le thĂšme tout Ă  fait classique en magie de la sympathie universelle ». La confection de mĂ©langes de diffĂ©rentes matiĂšres servant Ă  remplir les statues creuses pour y loger des dieux, repose tout entiĂšre sur les propriĂ©tĂ©s magiques ou sympathiques des animaux, des vĂ©gĂ©taux et des minĂ©raux. C’est parce que la matiĂšre et le divin, la terre et le ciel sont en sympathie qu’une activitĂ© magique est possible. Il ne s’agit toutefois pas d’utiliser les propriĂ©tĂ©s naturelles des choses, pas plus qu’il n’est question de tirer parti de leurs vertus surnaturelles ou occultes. Proclus entend montrer que, selon le mot de ThalĂšs, tout est plein de dieux »10 et ce qui prĂ©cisĂ©ment l’intĂ©resse dans les propriĂ©tĂ©s divines des choses, c’est qu’elles tĂ©moignent du mode de prĂ©sence des dieux dans les choses, qu’elles en sont le signe secret. 11 Ibid., p. 135. Tout est donc plein de dieux, la terre est pleine de dieux cĂ©lestes, le ciel de dieux supracĂ©lestes; chaque sĂ©rie procĂšde, s’accroissant en nombre, jusqu’à ses termes derniers. En effet, ce qui existait dans l’unitĂ© avant toutes choses est manifestĂ© dans tous les membres de la sĂ©rie. D’oĂč les organisations des Ăąmes, dĂ©pendantes celles-ci d’un dieu, celles-lĂ  d’un autre11. 19Les puissances divines sont fragmentĂ©es et rĂ©parties dans les choses. Il y a au cƓur de chaque chose, confondue avec son intimitĂ© ou son individualitĂ© la plus propre, une Ă©tincelle divine. Cet indice qui ordonne la chose Ă  un dieu, les nĂ©oplatoniciens lui donnent le nom technique de symbole sumbolon ou de signature sunthĂȘma. 12 Proclus, ThĂ©ologie platonicienne, II, 8, Ă©d. et trad. Henri-Dominique Saffrey et Leendert Gerrit W ... Car, celui qui est cause de tout l’univers a ensemencĂ© dans tous les ĂȘtres des marques de son absolue supĂ©rioritĂ©; par le moyen de ces marques, il a Ă©tabli tous les ĂȘtres en rĂ©fĂ©rence Ă  lui, et il est ineffablement prĂ©sent Ă  tous, bien qu’il transcende tout l’univers. Donc chaque ĂȘtre, en rentrant dans ce qu’il y a d’ineffable dans sa propre nature, dĂ©couvre le symbole du PĂšre de tout l’univers; tous les ĂȘtres par nature le vĂ©nĂšrent et, par le moyen de la marque mystique qui appartient Ă  chacun, s’unissent Ă  lui, en dĂ©pouillant leur propre nature et en mettant tout leur cƓur Ă  ne plus ĂȘtre que la marque de dieu et ne plus participer que de dieu, Ă  cause du dĂ©sir qu’ils ont de cette nature inconnaissable et de la Source du Bien [
]12. 13 Traditionnellement la thĂ©orie des signatures se situe au croisement de la botanique, de la mĂ©decin ... 20La signature est l’indice d’une prĂ©sence divine, non pas vecteur de signification mais d’efficacitĂ©13. C’est un symbole efficace, qui agit dans l’objet, le convertit au dieu qui le constitue. Il ne s’agit pas pour le thĂ©urge de l’interprĂ©ter mais d’opĂ©rer avec, de le faire agir et d’en libĂ©rer la puissance. La thĂ©urgie reconduit les choses Ă  leur divinitĂ©. Cela suppose qu’elles se dĂ©pouillent de leurs dĂ©terminations naturelles la signature est prĂ©cisĂ©ment la marque dans l’objet de la sĂ©paration entre sa nature et sa divinitĂ©. 14 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 135. D’oĂč encore, par exemple, le grand nombre des animaux hĂ©liaques, tels que le lion et le coq, qui eux aussi participent au divin selon le rang qu’ils occupent. L’admirable, c’est comment, chez ces animaux, les moins pourvus en force et en taille se font craindre de ceux qui l’emportent sur ces deux points car le lion, dit-on, recule devant le coq. La raison n’en est pas Ă  prendre dans les donnĂ©es des sens, mais dans une considĂ©ration intellectuelle, c’est-Ă -dire une diffĂ©rence qui remonte aux causes elles-mĂȘmes. C’est que, en vĂ©ritĂ©, la prĂ©sence dans le coq des symboles hĂ©liaques a plus d’efficace. Il le montre bien par la conscience qu’il a du circuit du Soleil car il chante un hymne au lever de l’astre et quand l’astre se tourne vers les autres centres
14 15 C’est, nous semble-t-il, la signification profonde de la thĂ©orie proclienne des hĂ©nades. Leur fonc ... 21Si le lion est naturellement plus fort que le coq, toutefois la signature solaire est plus puissante dans le coq que dans le lion. C’est pourquoi le coq peut l’emporter sur le lion. ParallĂšlement Ă  l’ordre naturel des choses, il existe un ordonnancement divin du monde, qui ne se superpose pas exactement Ă  celui-lĂ 15. Si les ĂȘtres se distinguent les uns des autres par des caractĂ©ristiques formelles gĂ©nĂ©rales, ils se rapportent aussi les uns aux autres en fonction de propriĂ©tĂ©s divines plus particuliĂšres. Ils appartiennent Ă  la fois Ă  des classes ontologiques et Ă  des ordres divins. La signature est prĂ©cisĂ©ment ce qui soustrait l’objet Ă  ses dĂ©terminations naturelles ou essentielles, et l’ordonne Ă  un mode d’existence proprement divin. 22Quel est ce mode d’existence non naturel et pour ainsi dire non ontologique des choses? On peut l’appeler symbolique, au sens prĂ©cis du symbole dans la thĂ©urgie nĂ©oplatonicienne, ou encore rituel. Le rituel ne consiste pas simplement en une technique ou une activitĂ© humaine mais c’est une dimension des choses. Le lotus lui aussi manifeste son affinitĂ© avec le Soleil sa fleur est close avant l’apparition des rayons solaires, elle s’ouvre doucement quand le Soleil commence Ă  se lever, et Ă  mesure que l’astre monte au zĂ©nith, elle se dĂ©ploie, puis de nouveau se replie lorsqu’il s’abaisse vers le couchant. Or quelle diffĂ©rence y a-t-il entre le mode humain de chanter le Soleil, en ouvrant ou fermant la bouche et les lĂšvres, et celui du lotus, qui dĂ©plie et replie ses pĂ©tales? Car ce sont lĂ  ses lĂšvres Ă  lui, c’est lĂ  son chant naturel. 16 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 134-135. Mais pourquoi parler des plantes, oĂč subsiste encore quelque trace de vie gĂ©nĂ©rative? Ne voit-on pas les pierres elles-mĂȘmes respirer en correspondance avec les effluves des astres? Ainsi l’hĂ©lite, par ses rayons Ă  couleur d’or, imite les rayons du Soleil; la pierre qu’on nomme Ɠil de Bel » et dont l’aspect ressemble aux prunelles des yeux Ă©met du centre de sa prunelle une lumiĂšre brillante, ce qui fait dire qu’on devrait l’appeler Ɠil du Soleil »; la sĂ©lĂ©nite change de forme et de mouvement en accord avec les changements de la Lune, et l’hĂ©liosĂ©lĂšne est comme une image de la rencontre des deux luminaires, Ă  la ressemblance des rencontres et des sĂ©parations qui se font au ciel16. 23S’il est possible d’invoquer une divinitĂ©, de la faire descendre dans une statue, c’est parce que la statue elle-mĂȘme Ɠuvre Ă  faire venir en elle le divin. Pour le dire autrement, l’activitĂ© rituelle des hommes ne fait que doubler l’existence rituelle des choses. Toute chose a une vie rituelle propre les plantes et les pierres prient Ă  leur façon. En dĂ©crivant le monde comme une grande priĂšre cosmique, Proclus semble dĂ©cliner la trĂšs belle thĂ©orie plotinienne de la contemplation. 17 Plotin, ÉnnĂ©ades, III, 8 [30], 8 De la nature, de la contemplation et de l’Un », trad. É. BrĂ©h ... Avant d’aborder notre sujet sĂ©rieusement, si nous nous amusions Ă  dire que tous les ĂȘtres dĂ©sirent contempler et visent Ă  cette fin, les ĂȘtres raisonnables comme les bĂȘtes, et mĂȘme les plantes et la terre qui les engendre; si nous ajoutions que tous ces ĂȘtres arrivent Ă  cette fin autant qu’ils en sont capables et conformĂ©ment Ă  leur nature, mais qu’ils contemplent chacun Ă  leur maniĂšre et atteignent tantĂŽt des rĂ©alitĂ©s, pourrait-on supporter pareil paradoxe? [
] Sans doute ces vies sont des pensĂ©es de diffĂ©rentes espĂšces; il y a une pensĂ©e de la plante, une pensĂ©e de l’animal douĂ© de sens, une pensĂ©e de l’ĂȘtre douĂ© d’une Ăąme; comment des pensĂ©es? Oui, puisque ce sont des raisons; toute vie est une pensĂ©e, mais une pensĂ©e plus ou moins obscure comme la vie elle-mĂȘme17. 24De mĂȘme que selon Plotin, la vraie vie est une contemplation et qu’il n’y a qu’une diffĂ©rence de degrĂ© entre l’activitĂ© contemplative de l’esprit pur et celle des plantes et des pierres, on pourrait dire avec Proclus que la vie est fondamentalement rituelle, Ă  des degrĂ©s divers. 18 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 134. Car tous les ĂȘtres prient selon le rang qu’ils occupent, ils chantent les chefs qui prĂ©sident Ă  leur sĂ©rie tout entiĂšre, chacun louant Ă  sa maniĂšre, spirituelle, rationnelle, physique ou sensible ainsi l’hĂ©liotrope se meut-il autant qu’il lui est facile de se mouvoir, et si l’on pouvait entendre comme il frappe l’air durant qu’il tourne sur sa tige, on se rendrait compte Ă  ce bruit qu’il offre une sorte d’hymne au Roi, tel qu’une plante peut le chanter18. 19 Proclus, The Elements of Theology, Ă©d. Dodds, Oxford, Clarendon Press, 1963, p. 38 nous trad ... 20 Il faudrait nuancer cette interprĂ©tation, en relisant par exemple la proposition 39 des ÉlĂ©ments d ... 25Le rituel est le processus par lequel chaque chose se convertit vers le principe divin dont elle procĂšde et fait retour vers lui, comme la fleur hĂ©liotrope se tournant vers le soleil. L’existence est pensĂ©e dans le nĂ©oplatonisme comme un processus dynamique, comme un jeu entre l’origine et le retour. C’est ce qu’énonce la proposition 35 des ÉlĂ©ments de thĂ©ologie Tout ce qui est causĂ© demeure dans sa propre cause, procĂšde d’elle et se convertit vers elle »19. En appliquant le modĂšle de la manence monĂš, de la procession proodos et de la conversion epistrophĂš Ă  notre propos, on pourrait dire de façon schĂ©matique que les dĂ©terminations naturelles d’une chose sont ce par quoi elle se sĂ©pare de sa cause divine, la signature qu’elle porte en elle la marque de l’immanence du divin en elle et son activitĂ© rituelle sa façon de faire retour vers son origine divine20. 26Une autre signification de l’activitĂ© rituelle humaine semble se dĂ©gager de ces considĂ©rations. Ce que vise la thĂ©urgie, ce n’est pas un usage magique des propriĂ©tĂ©s des choses mais ce n’est pas non plus une projection sur les choses d’un imaginaire religieux. Pour Ă©chapper Ă  cette alternative, le coup de force de Proclus est de dire que l’activitĂ© symbolique est immanente aux choses. Les choses ne sont pas des symboles des dieux elles sont divines par les symboles qui agissent en elles. La vie symbolique ne relĂšve pas de l’anthropologie mais de la mĂ©taphysique. Les pratiques rituelles n’ajoutent pas une dimension symbolique aux choses mais visent au contraire Ă  correspondre avec l’activitĂ© rituelle des choses elles-mĂȘmes et Ă  l’amplifier. C’est en ce sens qu’on peut dire que les choses se rĂ©alisent pleinement dans la pratique rituelle des hommes, qu’elles touchent plus parfaitement Ă  leur divinitĂ©, et que donc les hommes font des dieux ». L’activitĂ© rituelle est productive dans la mesure oĂč elle est une dĂ©miurgie symbolique en elle, les objets connaissent une deuxiĂšme genĂšse, qui n’est plus de l’ordre d’une production substantielle mais d’une reproduction symbolique. Le rituel thĂ©urgique, en actualisant la puissance symbolique des choses, en activant les signatures divines qui logent en leur cƓur, produit les objets en tant que divins en les reproduisant symboliquement. Ce qui est en jeu dans la thĂ©urgie, c’est une réévocation de l’ordre du monde sous l’aspect de sa divinitĂ©. L’efficacitĂ© sans la croyance 27Nous souhaiterions faire le point, pour conclure, sur les difficultĂ©s que prĂ©sente l’adoption d’un tel modĂšle en vue d’une analyse de la fonction de l’objet rituel, en particulier dans l’interprĂ©tation des pratiques tĂ©lestiques. 28La premiĂšre difficultĂ© tient au statut du discours nĂ©oplatonicien lui-mĂȘme. Le fait que les mĂȘmes personnes qui ont pratiquĂ© la thĂ©urgie l’aient aussi pensĂ©e pose sans aucun doute un problĂšme Ă©pis­tĂ©mologique majeur. Comment accepter comme valide une expli­cation qui est de l’ordre d’une thĂ©ologie, voire d’une apologie? Peut-on prendre au sĂ©rieux les explications d’un phĂ©nomĂšne religieux donnĂ©es par ceux-lĂ  mĂȘmes qui y croient? 21 Platon, RĂ©publique, 509b. 29Nous avons essayĂ© de montrer avec le modĂšle nĂ©oplatonicien que la transformation rituelle de l’objet n’était prĂ©cisĂ©ment pas une question de croyance. L’intuition thĂ©ologique fondamentale du nĂ©oplatonisme, c’est que Dieu est, selon une formule bien connue, au-delĂ  de l’ĂȘtre » epekeina tĂȘs ousias21. Cet axiome thĂ©ologique a pour consĂ©quence de situer le rapport au divin au-delĂ  de toute apprĂ©hension subjective la divinitĂ© est indicible, inconnaissable, incomprĂ©hensible. C’est pourquoi le rapport rituel au divin ne saurait se rĂ©duire Ă  une forme de connaissance ou de croyance. 22 Jamblique, Les mystĂšres d’Égypte, p. 71-72. Et ce n’est pas non plus la pensĂ©e qui unit les thĂ©urges aux dieux. Sinon, qu’est-ce qui empĂȘcherait ceux qui pratiquent la philosophie contemplative d’obtenir l’union thĂ©urgique avec les dieux? En rĂ©alitĂ©, la vĂ©ritĂ© n’est pas ainsi c’est l’accomplissement des actes ineffables mis en Ɠuvre au-delĂ  de toute intellection comme il convient au divin et la puissance des symboles indicibles pensĂ©s seulement par les dieux, qui Ă©tablissent l’union thĂ©urgique. C’est pourquoi ce n’est pas en utilisant l’intellect que nous accomplissons ces Ɠuvres. Car ainsi, leur mise en Ɠuvre serait intellectuelle et dĂ©pendrait de nous. Aucune de ces deux propositions n’est vraie. En effet, sans que nous n’utilisions notre intellect, ce sont les symboles eux-mĂȘmes qui accomplissent Ă  partir d’eux-mĂȘmes leur Ɠuvre propre, et la puissance ineffable des dieux vers lesquels ils remontent reconnaĂźt par elle-mĂȘme ses propres images, sans ĂȘtre Ă©veillĂ©e par notre intellection22. 23 Sur la notion d’efficacitĂ© symbolique, nous renvoyons Ă  l’étude classique de LĂ©vi-Strauss, L’eff ... 30L’intellect est mis hors-circuit dans l’effectuation des rites thĂ©urgiques. Ceux-ci ne nĂ©cessitent aucune composante subjective pour fonctionner ce sont les choses elles-mĂȘmes qui agissent, le divin qui se reconnaĂźt dans ses symboles. C’est sur la base de cet argument que les derniers nĂ©oplatoniciens ont promu la thĂ©urgie au-delĂ  de la contemplation philosophique elle-mĂȘme, faisant une part plus belle Ă  la pratique qu’à la thĂ©orie. Autrement dit, il n’y a pas besoin de croire pour que cela marche. Jamblique formule l’une des premiĂšres thĂ©ories de ce que l’on appellera plus tard l’efficacitĂ© symbolique23. 31C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  qu’apparaĂźt la seconde difficultĂ©. Pour mettre hors circuit la dimension subjective du rite, on le fait intĂ©gralement passer du cĂŽtĂ© des objets, en considĂ©rant le rituel comme une modalitĂ© de l’existence mĂȘme des choses. N’est-ce pas prĂ©supposer ce que l’on cherche Ă  dĂ©montrer? 32Encore une fois, l’idĂ©e de la transcendance absolue du divin interdit toute interprĂ©tation vulgaire des pratiques tĂ©lestiques. Il faut reformuler la question comment une statue peut-elle ĂȘtre divine? de la façon suivante comment ce qui est absolument transcendant peut-il se retrouver dans les choses? C’est Ă  ce problĂšme Ă©pineux que la thĂ©orie des signatures apporte une solution gĂ©niale. La signature d’une chose est prĂ©cisĂ©ment ce qui la soustrait Ă  ses dĂ©terminations naturelles pour la restituer Ă  sa dimension divine. En tant que science des signatures, la thĂ©urgie manifeste la prĂ©sence des dieux sur un mode non pas substantiel mais purement rituel et opĂ©ratif. C’est symboliquement qu’une statue est un dieu ce qui ne signifie pas de façon irrĂ©elle, mais de façon inessentielle. En ce sens, les pratiques thĂ©urgiques ne sont rĂ©solument pas une excroissance pathologique du dernier nĂ©oplatonisme mais tĂ©moignent au contraire de sa cohĂ©rence profonde. 33La plus grande difficultĂ© tient sans doute au changement de paradigme mĂ©taphysique qu’implique l’adoption d’une telle thĂ©orie. Penser l’objet rituel – au sens de cet objet paradoxal qui est autre chose que ce qu’il est – suppose deux choses. D’une part de penser l’objet non pas selon ses dĂ©terminations essentielles ou matĂ©rielles mais selon ses rapports dynamiques. D’autre part de penser la corrĂ©lation entre une activitĂ© rituelle et le type de qualitĂ©s qu’elle confĂšre aux objets qu’elle englobe. Le coup de gĂ©nie de Proclus est de parvenir Ă  articuler ces deux perspectives ensemble, en envisageant le rituel comme la vie secrĂšte des choses mĂȘmes. 24 La notion de fĂ©tichisme » a Ă©tĂ© introduite par Charles de Brosses en 1760 dans le cĂ©lĂšbre essai ... 25 Que ce soit dans l’associationnisme d’idĂ©es chez Tylor et Frazer, dans la mentalitĂ© primitive chez ... 26 Notons, pour nuancer notre affirmation, que le concept de croyance pistis n’est pas absent des t ... 34En appelant fĂ©tichisme » la croyance illusoire des Africains et des primitifs » dans le caractĂšre divin, vivant ou animĂ© de certains objets, la culture occidentale moderne a tentĂ© de contourner un problĂšme qui n’a cessĂ© de la hanter et qu’elle est incapable de rĂ©soudre parce qu’elle s’est privĂ©e des moyens de le poser correctement24. L’idĂ©e qu’un objet puisse ĂȘtre animĂ© ne nous est plus familiĂšre et nous ne pouvons que l’envisager comme une croyance superstitieuse. C’est pourquoi l’anthropologie moderne ne peut que se heurter Ă  des questions insolubles concernant le rapport de la croyance et de l’efficacitĂ© des rites25. LĂ  oĂč toutefois la religion ne relĂšve pas d’une pure expĂ©rience subjective, d’un rapport de l’esprit Ă  lui-mĂȘme, mais se dĂ©ploie dans un monde de choses, se fait commerce avec des objets, le concept de croyance n’a Ă  peu prĂšs aucune valeur heuristique26. 27 J’adresse mes remerciements, pour ses prĂ©cieuses remarques de lecture, Ă  M. Constantin Macris Cen ... 35Si l’on fait disparaĂźtre la difficultĂ©, ce n’est pas en Ă©vitant le problĂšme, mais en levant les obstacles Ă  sa bonne formulation plutĂŽt que de chercher Ă  comprendre comment un rituel peut transformer un objet en une divinitĂ©, on cherche Ă  comprendre ce qu’est un objet pour qu’il puisse cristalliser une relation rituelle au divin. C’est ce qu’ont fait les nĂ©oplatoniciens au moment historique prĂ©cis oĂč leur univers spirituel menaçait de s’effondrer en mĂȘme temps que l’Empire. Nous pensons qu’ils se sont trĂšs bien compris eux-mĂȘmes, mieux sans doute que nous ne les comprenons. Ils ne croyaient pas que les statues Ă©taient des dieux, au contraire, ils savaient trĂšs bien que les dieux Ă©taient trĂšs loin, mais ils savaient aussi comment les faire revenir avec un peu d’herbe et un peu de pierre27. Haut de page Notes 1 Sur la tĂ©lestique dans le nĂ©oplatonisme, voir Joseph Bidez, Note sur les mystĂšres nĂ©oplatoniciens », Revue belge de philologie et d’histoire, VII, 1928, p. 1477-1481 ; Eric Robertson Dodds, Theurgy and its relationship to Neoplatonism », The Journal of Roman Studies, XXXVII, 1947, p. 57-69 repris dans The Greeks and the Irrational, Berkeley, University of California Press, 1951 ; Pierre BoyancĂ©, ThĂ©urgie et tĂ©lestique nĂ©oplatoniciennes », Revue de l’histoire des religions, t. 147 n° 2, 1955, p. 189-209 ; Jean Bouffartigue, Les statues divines du paganisme objets artificiels ou surnaturels ? », Objets sacrĂ©s, objets magiques de l’AntiquitĂ© au Moyen-Ăąge, Ă©d. Charles Delattre, Themam, CNRS, 2007, p. 53-64; Sarah Iles Johnston, Animating Statues A Case Study in Ritual », Arethusa, 2008, p. 445-478; Jan N. Bremmer, The Agency of Greek and Roman Statues from Homer to Constantine », Opuscula, Annual of the Swedish Institutes at Athens and Rome, 6, 2013, p. 7-21. 2 AsclĂ©pius, 37-38, Corpus Hermeticum, t. II, Ă©d. Nock, trad. AndrĂ©-Jean FestugiĂšre, Paris, Les Belles Lettres, 1946, p. 347-349. 3 Sur cette cĂ©lĂšbre formule, voir Sarah Iles Johnston, Homo fictor deorum est Envisionning the Divine in Late Antique Divinatory Spells », in J. Bremmer and A. Erskine eds., The Gods of Ancient Greece, Edinburgh University Press, 2010, p. 406-21. 4 Minucius Felix, Octavius, XXIV, 8, Ă©d. et trad. Jean Beaujeu, Paris, Les Belles Lettres, 1964, p. 38-39. 5 Pour une prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale de la thĂ©urgie, la rĂ©fĂ©rence reste l’ouvrage classique de Hans Lewy, Chaldean Oracles and Theurgy, Mysticism, Magic and Platonism in the Later Roman Empire, nouvelle Ă©d. Michel Tardieu, Paris, Brepols, Études Augustiniennes, 77 », 1978 ; au sujet de la thĂ©urgie dans les milieux nĂ©oplatoniciens, voir l’étude de Carine Van Liefferinge, La ThĂ©urgie, des Oracles ChaldaĂŻques Ă  Proclus, LiĂšge, Centre International d’Étude de la Religion Grecque Antique, Kernos, Suppl. 9 », 1999. Pour une tentative de relativisation des sources nĂ©oplatoniciennes, voir Ilinca Tanaseanu, Theurgy in Late Antiquity The Invention of a Ritual Tradition, Göttingen Vandenhoech & Ruprecht, 2013. 6 Plotin, ÉnnĂ©ades, IV, 3 [27], 11 DifficultĂ©s relatives Ă  l’ñme I », trad. Émile BrĂ©hier, Paris, Les Belles Lettres, 1927, p 78. 7 Jamblique, Les mystĂšres d’Égypte, RĂ©ponse d’Abamon Ă  la Lettre de Porphyre Ă  AnĂ©bon, trad. MichĂšle Broze et Carine Van Liefferinge, Bruxelles, Ousia, 2009, p. 136-137. Nous ne pouvons que signaler la nouvelle Ă©dition et traduction du texte, parue entre-temps, aux Ă©ditions de Belles Lettres, RĂ©ponse Ă  Porphyre, Ă©d. et trad. Saffrey et Segonds, avec la collaboration de A. Lecerf, Paris, Les Belles Lettres, 2013. 8 Pour une Ă©tude dĂ©taillĂ©e de la place de la thĂ©urgie dans la philosophie de Jamblique, voir Gregory Shaw, Theurgy and the Soul the neoplatonism of Iamblichus, University Park, Pennsylvania State University Press, 1995. 9 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, trad. FestugiĂšre, in La rĂ©vĂ©lation d’HermĂšs TrismĂ©giste, vol. 1, Paris, Les Belles Lettres, 2006 1944, p. 134. 10 Fr. A 22 D-K, voir Aristote, De l’ñme, I, 5, 411a 5-10. 11 Ibid., p. 135. 12 Proclus, ThĂ©ologie platonicienne, II, 8, Ă©d. et trad. Henri-Dominique Saffrey et Leendert Gerrit Westerink, Paris, Les Belles Lettres, 1974, p. 56. 13 Traditionnellement la thĂ©orie des signatures se situe au croisement de la botanique, de la mĂ©decine, de l’alchimie et de la magie, et procĂšde de l’idĂ©e que la ressemblance ou la similitude entre les choses permet leur action les unes sur les autres, en particulier en ce qui concerne le rapport entre la morphologie des plantes et leurs vertus curatives. Voir D. Ball-Simon et P. Daszkiewicz, L’hĂ©ritage oubliĂ© des signes de la nature, La loi des signatures, Paris, Les deux ocĂ©ans, 1999. La tradition mĂ©dicale qui va de ThĂ©ophraste Ă  Paracelse donne lieu, chez Jacob Boehme, Ă  une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la crĂ©ation, cf. De la signature des choses, trad. P. Deghaye, Paris, Grasset, 1995. Concernant le mode de signification particulier de la signature, en rapport avec les notions de ressemblance et d’efficacitĂ©, voir Michel Foucault, Les mots et les choses, ch. II, II Les signatures », Paris, Éditions Gallimard, 1966, p. 40-45 et Giorgio Agamben, ThĂ©orie des signatures », Signatura rerum. Sur la mĂ©thode, trad. JoĂ«l Gayraud, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2008, p. 37-91. Nous traduisons sunthĂšma par signature » en raison de la proximitĂ© entre la doctrine nĂ©oplatonicienne de la thĂ©urgie et la thĂ©orie mĂ©dicale et magique des signatures, dans lesquelles les signes visibles du monde renvoient aux puissances invisibles avec lesquelles ils permettent d’opĂ©rer, comme de vĂ©ritables mots de passe » instituĂ©s par les dieux. 14 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 135. 15 C’est, nous semble-t-il, la signification profonde de la thĂ©orie proclienne des hĂ©nades. Leur fonction ne se limite pas Ă  combler l’écart entre l’un et l’ĂȘtre, mais donne Ă  penser une causalitĂ© qui n’est pas celle des formes intelligibles. Bien que Proclus ne soit jamais tout Ă  fait explicite Ă  ce propos, il y a une diffĂ©rence fondamentale entre l’hĂ©nadologie et l’ontologie, dont les commentateurs n’ont pas suffisamment rendu compte. À ce sujet on se reportera aux remarques de Radek Chlup, Proclus. An introduction, Cambridge, Cambridge University Press, 2012, en particulier p. 112-136, ainsi qu’à la thĂšse de Edward P. Butler, The Metaphysics of Polytheism in Proclus, New School University, avril 2003. 16 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 134-135. 17 Plotin, ÉnnĂ©ades, III, 8 [30], 8 De la nature, de la contemplation et de l’Un », trad. É. BrĂ©hier, Paris, Les Belles Lettres, 1999, p. 277-279. 18 Proclus, Sur l’art hiĂ©ratique, p. 134. 19 Proclus, The Elements of Theology, Ă©d. Dodds, Oxford, Clarendon Press, 1963, p. 38 nous traduisons. 20 Il faudrait nuancer cette interprĂ©tation, en relisant par exemple la proposition 39 des ÉlĂ©ments de thĂ©ologie, dans laquelle il apparaĂźt clairement que la conversion peut s’effectuer selon l’ĂȘtre, la vie ou la connaissance, c’est-Ă -dire selon la nature propre des diffĂ©rentes classes d’ĂȘtres. La question est au fond de savoir si l’hĂ©nadologie ne permettrait pas, dans une certaine mesure, de court-circuiter l’ontologie et de mettre en Ă©vidence un lĂ©ger dĂ©calage entre les diffĂ©rentes causalitĂ©s Ă  l’Ɠuvre dans la procession et la conversion des ĂȘtres. 21 Platon, RĂ©publique, 509b. 22 Jamblique, Les mystĂšres d’Égypte, p. 71-72. 23 Sur la notion d’efficacitĂ© symbolique, nous renvoyons Ă  l’étude classique de LĂ©vi-Strauss, L’efficacitĂ© symbolique », in Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958, p. 213-234 initialement paru dans la Revue de l’histoire des religions, t. 135, n° 1, 1949, p. 5-27, qui souligne la dimension inconsciente » de l’efficacitĂ© rituelle et rapproche par ce biais l’activitĂ© chamanique de la pratique psychanalytique. 24 La notion de fĂ©tichisme » a Ă©tĂ© introduite par Charles de Brosses en 1760 dans le cĂ©lĂšbre essai Du culte des dieux fĂ©tiches et elle a connu une immense fortune dans les sciences humaines jusqu’à aujourd’hui. Sur l’histoire de la notion, on lira William Pietz, Le fĂ©tiche gĂ©nĂ©alogie d’un problĂšme, trad. Aude Pivin, Paris, Kargo & l’Éclat, 2005. 25 Que ce soit dans l’associationnisme d’idĂ©es chez Tylor et Frazer, dans la mentalitĂ© primitive chez LĂ©vy-Bruhl, dans le fait social chez Durkheim ou Mauss, dans la fonction symbolique chez LĂ©vi-Strauss, la question de l’efficacitĂ© nous semble toujours ĂȘtre rĂ©duite Ă  celle de la croyance, plus ou moins consciente, en cette efficacitĂ©, c’est-Ă -dire rapportĂ©e Ă  une dimension strictement humaine, qu’elle soit psychologique, sociale ou structurale. 26 Notons, pour nuancer notre affirmation, que le concept de croyance pistis n’est pas absent des thĂ©ologies chaldaĂŻques et des thĂ©ories nĂ©oplatoniciennes. Il convient toutefois de prĂ©ciser les choses en soulignant d’une part, que la pistis ne correspond pas Ă  notre idĂ©e moderne de croyance, mais consiste en une puissance divine plus qu’en une disposition subjective, et d’autre part, que les nĂ©oplatoniciens eux-mĂȘmes opposent une idĂ©e supra-rationnelle de la foi comme union et contact avec le divin Ă  la simple croyance comme forme infĂ©rieure, voire irrationnelle, de connaissance. Quand Proclus lie explicitement la pistis Ă  la puissance thĂ©urgique, ce n’est pas tant pour rapporter l’efficacitĂ© rituelle Ă  une facultĂ© subjective que pour signaler son caractĂšre supra-rationnel et transcendant voir ThĂ©ologie platonicienne, I, 25, Ă©d. et trad. Henri-Dominique Saffrey et Leendert Gerrit Westerink, Paris, Les Belles Lettres, 1968, p. 109-113. Sur l’élaboration de la notion de croyance dans le nĂ©oplatonisme, voir Philippe Hoffmann, La triade chaldaĂŻque Ă©rĂŽs, alĂštheia, pistis de Proclus Ă  Simplicius », in Segonds – C. Steel Ă©d., Proclus et la ThĂ©ologie platonicienne. Actes du Colloque International de Louvain 13-16 mai 1998 en l’honneur de Saffrey et Westerink†, Leuven-Paris, 2000, p. 459-489 ; Id., ErĂŽs, AlĂštheia, Pistis
 et Elpis tĂ©trade chaldaĂŻque, triade nĂ©oplatonicienne fr. 46 des Places, p. 26 Kroll », in H. Seng – M. Tardieu ed., Die Chaldaeischen Orakel Kontext – Interpretation – Rezeption, Heidelberg 2010, p. 255-324. 27 J’adresse mes remerciements, pour ses prĂ©cieuses remarques de lecture, Ă  M. Constantin Macris Centre national de la recherche scientifique/Laboratoire d’études sur les MonothĂ©ismes – Centre d’études des religions du Livre.Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Ghislain Casas, Les statues vivent aussi. ThĂ©orie nĂ©oplatonicienne de l’objet rituel », Revue de l’histoire des religions, 4 2014, 663-679. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Ghislain Casas, Les statues vivent aussi. ThĂ©orie nĂ©oplatonicienne de l’objet rituel », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 4 2014, mis en ligne le 01 dĂ©cembre 2017, consultĂ© le 21 aoĂ»t 2022. URL ; DOI Haut de page Auteur Ghislain Casas Groupe d’Anthropologie Scolastique GAS, ParisLaboratoire d’étude sur les MonothĂ©ismes LEM, de page Bonjour Claire-Lise, C'est une vĂ©ritable joie de vous retrouver pour ce nouvel entretien. 1/ Vous ĂȘtes actuellement Ă  l'affiche d'une nouvelle piĂšce, Les crapauds fous ». Pour commencer, comment prĂ©senteriez-vous ce spectacle ? Quels thĂšmes y sont abordĂ©s ? Cette piĂšce est une comĂ©die d'aventure, relatant l'histoire vraie, mĂ©connue et complĂštement dingue, de deux mĂ©decins hĂ©roĂŻques qui, pendant la seconde guerre mondiale, sauvĂšrent des milliers de vies dans leur ville de Pologne, Rozwadow. Nous sommes 9 comĂ©diens sur scĂšne, une vingtaine de personnages, pour cette piĂšce qui se partage vraiment entre rires et Ă©motions. Il y beaucoup de moments de comĂ©die. Bien sĂ»r la page d’Histoire que nous relatons est extrĂȘmement douloureuse, mais comme nous nous concentrons sur le stratagĂšme mis au point par ces deux mĂ©decins pour berner les nazis, la piĂšce garde pleins de moments lĂ©gers, et les instants d’émotions sont racontĂ©s avec beaucoup de pudeur. Ce que j'aime dans cette piĂšce, c’est qu’elle part d'un exemple particulier pour aller jusqu'Ă  l’universel, et redonne, par la mĂȘme, foi en la nature humaine. C'est une feel good » piĂšce. On en ressort grandi, heureux, Ă©mu, touchĂ©, en ayant rigolĂ© tout le long, car elle est pleine d’humour. 2/ Comment dĂ©cririez-vous votre personnage ? Quelles sont ses principales caractĂ©ristiques ? Anastazy Ă©volue dans les annĂ©es 90. Elle est la petite fille de l'un de ces deux mĂ©decins, EugĂšne Lazowski. C’est une jeune Ă©tudiante en psychologie qui, pour ses recherches, part Ă  New-York, Ă  la rencontre du deuxiĂšme mĂ©decin, Stanislaw, le meilleur ami de son grand-pĂšre, pour qu’il lui raconte leur histoire
 copyright "Dona Moth" Cette jeune Ă©tudiante en psychologie s'intĂ©resse au petit nombre de gens qui sont prĂȘts Ă  aller Ă  contre courant. Ce petit nombre de gens qui sont empreints de quelque chose de supĂ©rieur, qui les dĂ©passe et qui leur permet de braver tous les dangers, sans mĂȘme rĂ©ellement s’en rendre compte. C'est de ce petit nombre que l'espoir nait. C'est un personnage trĂšs jeune, qui a donc un peu de cette fougue de la jeunesse, avec tout le questionnement, l’incomprĂ©hension, et la volontĂ© de comprĂ©hension qui l’en incombe. C'est une histoire qu'elle n'a jamais entendue. Contrairement au narrateur et Ă  tous les autres personnages de la piĂšce, elle n'a pas connu la guerre. Anastasy est un personnage que j'ai voulu un peu Ă©merveillĂ© et abasourdie » par ce qui se passe autours d’elle. Je suis, autant que le public, spectatrice de l’histoire. J’évolue dans le dĂ©cor. Je la joue de maniĂšre un peu onirique » car tout se transforme dans cette piĂšce, mĂȘme les dĂ©cors bougent. Il m’arrive d’aller vers mon grand-pĂšre ou ma grand-mĂšre, que je redĂ©couvre, jeunes, Ă  une pĂ©riode oĂč je ne les ai jamais connus. C’est touchant de s’imaginer rencontrer ses ancĂȘtres, au moment oĂč ils avaient notre Ăąge. J’ai donc essayĂ© de travailler mon personnage dans ce sens lĂ . D’ailleurs, pendant la piĂšce, je garde toujours Ă  la pensĂ©e mes vrais Grands-Parents, qui ont, eux aussi, fait la guerre et me l’ont racontĂ©e. J’ai voulu que l’on sente tout l’Amour que porte Anastazy Ă  ses grands-parents, que l’on voit la nostalgie. Et puis, au final, il s’agit tout de mĂȘme de l’histoire de sa famille ! 3/ D'un point de vue artistique, comment avez-vous abordĂ© le fait d'intervenir ponctuellement tout au long de la piĂšce ? Je fais le mĂȘme rĂŽle pendant toute la piĂšce. C'est une histoire avec une vingtaine de personnages interprĂ©tĂ©s par neuf comĂ©diens. Il y a donc beaucoup d'acteurs qui jouent plusieurs rĂŽles. Contrairement Ă  ce que l'on pourrait penser, les transitions sont, pour moi, les parties les plus difficiles. Au dĂ©but et Ă  la fin, ce sont de plus grosses scĂšnes, c'est donc plus facile d’installer les situations et de trouver l’enjeu. Alors que, dans les transitions, il faut ĂȘtre efficace, ramener de l’énergie, rentrer tout de suite dans le rythme et l'Ă©motion de la scĂšne en seulement quelques rĂ©pliques. Et surtout il faut garder Ă  l’esprit qu’Anastazy vient au dĂ©part questionner Stanislaw pour ses recherches, pour comprendre le fonctionnement de ces ĂȘtres exceptionnels. Mais, petit Ă  petit, il n’y a plus que l’histoire qui l’intĂ©resse, elle se laisse totalement embarquer dans le rĂ©cit que lui raconte ce vieux mĂ©decin Ă  la retraite. Au final, c’est l’histoire qui importe, moi je ne suis que le vecteur, je suis Ă  son service. copyright "Dona Moth" Il y a des scĂšnes pleines d’humour, mais ce qu'il me raconte peut aussi, parfois, ĂȘtre trĂšs douloureux, c'est toute sa mĂ©moire les souvenirs du Narrateur. A un moment il dit Il n'y a pas une semaine sans que le vacarme de ces bruits ne m'arrache Ă  mon sommeil ». Cette phrase est tellement vraie. Quelqu'un qui a connu la guerre dans ses atrocitĂ©s les plus terribles, sera, au final, traumatisĂ© toute sa vie. Ces transitions sont donc aussi une sorte de retour Ă  la rĂ©alitĂ©. Surtout que certains souvenirs de l’histoire sont parfois lĂ©gĂšrement transformĂ©s, puisque tout est racontĂ© depuis son point de vue Ă  lui Le Narrateur, Stanislaw Ăągé  ce qui donne lieu Ă  quelques scĂšnes cocasses. 4/ La piĂšce est Ă  l'affiche depuis plusieurs semaines et les retours sont trĂšs positifs. Quelles sont, selon vous, les principales raisons de ce succĂšs ? C’est une histoire vraie ! La piĂšce a rĂ©ussi Ă  attirer le public de part l'histoire je pense. Elle plaĂźt vraiment et le bouche Ă  oreille fonctionne plutĂŽt bien. Cette histoire et cette piĂšce mettent du baume au cƓur et font du bien. Avez-vous dĂ©jĂ  pu Ă©changer avec les spectateurs Ă  l'issue des reprĂ©sentations ? Je n'ai, malheureusement, pas eu beaucoup l’opportunitĂ© d’échanger avec les spectateurs comme les dĂ©cors sont assez lourds Ă  faire et Ă  dĂ©faire, on sort gĂ©nĂ©ralement trente cinq Ă  quarante minutes aprĂšs la fin de la piĂšce mais cela m’est arrivĂ©. J’ai croisĂ© quelques personnes qui revenaient pour la deuxiĂšme fois voir la piĂšce, pour la faire dĂ©couvrir Ă  leurs enfants ou leurs amis. Et j’avoue que ça met du baume au cƓur copyright "Dona Moth" 5/ Vous le disiez, vous en ĂȘtes Ă  la troisiĂšme semaine de reprĂ©sentations. Avez-vous dĂ©jĂ  apportĂ© quelques petites modifications ? Ou ĂȘtes-vous encore trĂšs proches de la version rĂ©pĂ©tĂ©e ? Quelques petits changements ont Ă©tĂ© apportĂ©s, notamment au niveau du texte oĂč certaines rĂ©pliques sont passĂ©es Ă  d'autres personnages, ou des placements sur le plateau lĂ©gĂšrement diffĂ©rents, pour apporter du dynamisme Ă  certains moments. MĂȘme nous, dans notre maniĂšre d'interprĂ©ter, nous Ă©voluons un peu. Une piĂšce Ă©volue surtout en dĂ©but d’exploitation. C’est vraiment en prĂ©sence du public que l’on peut connaĂźtre ses rĂ©actions. Dans cette troupe, nous croyons vraiment en ce projet. Nous l'aimons Ă©normĂ©ment. Il nous tient Ă  cƓur, et je crois que c'est communicatif Nous avons la chance d’avoir Ă©tĂ© repris par le Théùtre des BĂ©liers Parisiens, et allons donc continuer l’aventure au théùtre des BĂ©liers Parisiens Ă  partir du 19 Mai copyright "Dona Moth" 6/ En parallĂšle, quels sont vos autres projets artistiques ? J'ai terminĂ© il y a peu un 6x52 minutes pour France 3, Noces rouges », rĂ©alisĂ© par Marwen Abdallah, un rĂ©alisateur gĂ©nial. J’interprĂšte le rĂŽle de Blandine, un personnage affable, pervers, manipulateur
 J'adore ce personnage mais je doute fort qu'il en soit de mĂȘme pour le public, haha ; C'est un vrai rĂŽle de mĂ©chante. Blandine est une jeune femme qui n'a pas grand chose, pas grand chose Ă  perdre, et qui n'a pas eu beaucoup de chance dans sa vie. Elle saisit la moindre opportunitĂ© pour amĂ©liorer son quotidien, mĂȘme si cela implique des moyens de manipulation
 Cela ne fait pas de Blandine une belle personne mais, par contre, c'Ă©tait passionnant Ă  interprĂ©ter. J'ai adorĂ© jouer ce rĂŽle. Comme beaucoup de comĂ©diens, j’aime beaucoup interprĂ©ter des rĂŽles de mĂ©chants. C'est gĂ©nial et jouissif d'aller chercher en soi cette part d'ombre que l'on a tous, et que l'on essaie plus ou moins de cacher. LĂ , pour une fois, on est autorisĂ© Ă  la montrer, c'est gĂ©nial ! 7/ En conclusion et pour revenir sur la piĂšce, que dire de plus pour inciter dĂ©finitivement les lecteurs Ă  venir vous voir sur scĂšne ? Si vous avez envie d'ĂȘtre le tĂ©moin d'une histoire vraie et extraordinaire qui vous redonne foi en l'humanitĂ© et vous donne de l'espoir, c'est l’occasion ! Merci Claire-Lise pour votre disponibilitĂ© !